SYNDICAT SUD SANTE SOCIAUX 35

Dette hospitalière : Tirons les conséquences du scandale Barclay’s

mardi 10 juillet 2012 par Sud Santé Sociaux 35

La finance internationale n’en finit plus de faire la preuve de sa corruption ainsi que de son unique raison d’être : la prédation économique. Après Layman Brothers, c’est en effet un autre acteur prestigieux des marchés qui est touché par un énorme scandale. Et les hôpitaux français, comme les collectivités territoriales, en ont sans aucun doute été victimes.

Les médias ne parlent que très peu de cet évènement (« je n’en parlerai pas à l’antenne, c’est trop technique », a déclaré ce matin l’expert économique de la radio RMC). C’est bien sûr faux, mais nos experts des marchés ont tellement l’habitude de prendre les gens pour des moutons qui ont pour seule vocation de les mener docilement à la tonte qu’ils n’éprouvent logiquement pas le besoin de leur expliquer comment marche la tondeuse. SUD Santé Sociaux va donc faire le boulot.

La plupart des prêts sont indexés sur des indices de références qui servent à fixer leurs taux. C’est vrai pour les taux fixes, ça l’est encore plus pour les emprunts à taux variables. Deux de ces indices sur les marchés européens sont le LIBOR et l’EURIBOR, qui représentent respectivement la moyenne du taux à laquelle les banques anglaises et de la zone euro se prêtent de l’argent entre elles, jour après jour. Plus le LIBOR et l’EURIBOR sont bas, plus la preuve est faite que les banques se font mutuellement confiance puisque se prêtant entre elles à bas taux.

Mais à l’inverse, si ces deux valeurs dépassent un certain seuil fixé à l’avance par le contrat, les emprunteurs dont le prêt à taux variable est indexé sur elles paieront des pénalités. Plus le seuil est bas, plus le risque est grand, mais plus le taux du prêt sera attirant. Les emprunts dits « toxiques » relèvent de cette dernière catégorie, car la probabilité de payer des pénalités est plus grande.

Or, qu’a fait Barclay’s depuis 2005 ?

La Banque anglaise a sciemment fourni des chiffres erronés, tantôt sous-évalués quand il fallait « rassurer les marchés », tantôt surévalués quand il y avait besoin de spéculer. Résultat, le LIBOR et l’EURIBOR sont complètement faux depuis presque 10 ans, et Barclay’s a grassement gonflé ses bénéfices, d’un montant que personne n’ose encore calculer. Pire, les enquêtes en cours soulèvent la piste de complicités politiques.

Quel rapport avec la dette hospitalière ? On le sait depuis l’éclatement du scandale DEXIA, nombre d’hôpitaux publics n’ont eu d’autre solution que de financer leur plan d’investissement par le recours à l’emprunt, la T2A ne permettant évidemment pas de dégager suffisamment de marge pour assumer ce rôle. Afin de limiter l’impact des frais financiers de la dette (le taux d’intérêt), de nombreuses directions financières ont eu recours à des emprunts à taux variables, aux taux les plus bas possibles, donc avec le risque maximum. De nombreux contrats ont ainsi été adossés à des valeurs réputées sécurisées car reflétant l’activité économique de la zone Euro... le LIBOR et surtout l’EURIBOR !!!

Par exemple, le CHU de Rennes a contracté plusieurs emprunts indexés sur cette dernière valeur, dont on sait aujourd’hui qu’elles ne valaient rien. Et si le CHU n’a payé aucune pénalité, en particulier durant la crise des subprimes en 2008, c’était donc à la fois parce que le calcul des intérêts annuels est tombé avant l’effondrement des marchés (coup de bol), mais, on le sait à présent, parce que Barclay’s, et apparemment d’autres banques( Citigroup, Deutsche Bank, HSBC, JPMorgan Chase, RBS et UBS) , ont sciemment fourni des chiffres sous-évalués pour rassurer les marchés et limiter l’impact de l’éclatement de la bulle immobilière américaine !

Les hôpitaux ont donc plutôt dû bénéficier de cette escroquerie, alors ? Pas sûr ! pour une sous-évaluation, combien de surévaluations ont obligé les hôpitaux à payer des pénalités ? On n’a pas fini d’évaluer le préjudice !

Ainsi, lorsque SUD, ou le CADTM et tous les comités pour un audit citoyen de la dette publique, parlent de « dette illégitime », pour les pays comme pour les acteurs publics, c’est aux emprunts indexés sur de telles valeurs bidons que l’on pense, puisque l’on est bel et bien escroqué par des indicateurs manipulés en fonctoin de l’avidité opportuniste des banques.

Et pour SUD, lorsqu ’une dette publique est illégitime, il faut l’annuler !

- Ensemble, exigeons un audit citoyen de la dette publique hospitalière pour en réduire drastiquement l’encours !

- Revoyons le financement hospitalier pour limiter au maximum le recours à l’emprunt !

- Pour le reste, donnons la possibilité aux hôpitaux d’emprunter à des taux très bas, voire nuls, à un pôle public, rôle que pourrait assumer la Caisse des Dépôts

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