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Canicule au CHU de Rennes ! (lettre ouverte aux Parlementaires)
lundi 29 juin 2026, par
Mesdames Messieurs les élus,
Le syndicat SUD santé sociaux du CHU de Rennes souhaite vous alerter sur la crise que l’on connait au CHU et plus généralement dans nos hôpitaux et autres services publics.
En 2003 le gouvernement Raffarin a mis en place une journée de solidarité à la suite de la canicule ayant causé la mort de 14000 à 19000 personnes. Cette mesure représente au minimum d’après nos calculs (en 23 ans) plus de 45 milliards de recette qui auraient dû être réinjectés dans les secteurs de gériatrie. De plus, si ces secteurs avaient été correctement équipés, il en restait encore suffisamment pour élargir à d’autres secteurs et répondre qualitativement et dignement aux missions de services publics.
Nous n’avons jamais pu observer les bénéfices de cette mesure sur les secteurs de gériatrie.
Dans le même temps, depuis 2019, les dispositifs tels que le CICE ont privé la Sécurité Sociale de Plus de 100mds de recette cumulées, qui s’ajoutent à 30 années d’exonérations massives de cotisation sociales, qui ont largement gonflé les profits actionnariaux.
Ce sont toutes ces mesures qui ont paupérisé notre système de santé.
L’été dernier nous avions déposé un Danger grave et imminent concernant l’EHPAD du CHU de Rennes car les températures atteignaient déjà les 40°c, les collègues déclarant déjà des maux de tête… Ce DGI avait donné lieu à une Formation Spécialisée Sécurité-Conditions de travail où de nombreuses préconisations avait été émises, et aucune suivies malgré de nombreuses relances.
Pourtant cette année on recommence, pire cette fois c’est tout l’hôpital qui suffoque !
Des températures jusqu’à 40°c ont été relevées dans les services de soins, 36°c dans les chambres des patients où les plus vulnérables s’épuisent. Des soignants font eux même des malaises et doivent faire face en plus de la surcharge de travail et de l’inconfort à l’inquiétude des patients et des familles. Tout cela, sans parler de la mise en place des systèmes D (pour ne pas dire « Bricoler ») que nous pouvons citer : accrochage de draps mouillés et de couvertures de survies sur les fenêtres, installation de pain de glace devant des ventilateurs. Ceci, souvent au détriment de la sécurité…
Plus encore, la sortie du tunnel de lavage des cuisines où l’on atteint des températures jusqu’à 57°c, 40°C en air ambiant dans un environnement très humide rendant la situation encore plus pénible.
Malgré ça, Madame la ministre annonce dans les médias que la situation est « normale malgré des déprogrammations ciblées ».
NON, ce n’est pas normal de travailler et d’être accueilli dans de telles conditions !
Ce n’est pas non plus normal de déprogrammer ni sans conséquence !
Nos hôpitaux publics sont transformés en véritable zones de crise !
Où sont passés les moyens qui était normalement alloués (créés par le travail des Français) pour améliorer les conditions de prises en charge et de travail dans nos hôpitaux et EHPAD publics ?
Nous travaillons toujours dans la crise, peu importe sa nature : la canicule l’été, le froid l’hiver, les périodes de pics épidémiques, la crise COVID etc… le privé se gave pendant que nous étouffons et vous les laissez faire, en laissant croire que l’hôpital peut fonctionner comme une entreprise, à « produire du soin ». Aujourd’hui, l’IGAS prétend dans un rapport de 2026 nous imposer de « nouvelles mesures d’efficience ».
Sachez, mesdames et messieurs les élus, qu’un soin se donne, il n’est pas le fruit d’une production. Il est prodigué par des soignants dévoués, avec le soutien indispensable des équipes administratives et techniques. Nous accueillons et soignons tout le monde, nous ne trions pas les patients selon leur rentabilité.
Cette implication collective et personnelle, cette coopération avancée, précieuse, fait que le système tient encore, mais pour combien de temps ?
Les gouvernements successifs n’ont jamais entendu la voix de ceux qui pratiquent ce système de l’intérieur. Ces gouvernement pensent pouvoir théoriser un système qui, du fait de sa mission de service public, ne peut fonctionner comme une entreprise. Chaque patient est différent par sa problématique de santé, sa façon d’y faire face, sa personne, sa situation social etc… Nous ne choisissons pas nos patients ni nos spécialités, nous répondons à chaque besoin de la population sans critère et de ça nous sommes fiers.
Nous ne voudrions pas qu’il en soit autrement.
Nous voulons seulement avoir les moyens de le faire correctement, et ressortir après chaque prise de poste avec la satisfaction du travail (mission) accomplie. Des Moyens à la hauteur des besoins !
Ce système est financé par la sécurité sociale qui n’est que le fruit du travail de chaque français, ceux qui vous élisent et auxquels vous avez arraché la gestion du système de santé en 1995. Pour quel résultat ? Nous avions le meilleur système de santé au monde, nous étions proches de pouvoir offrir des soins de haut niveau et socialisés à tout le monde, et vous avez saccagé ces progrès constants.
Ce système que vous attaquez à chaque réforme ne vous appartient pas, il appartient aux travailleurs qui ont fait le choix, il y a bien longtemps, d’en faire un système solidaire.
À chaque réforme et chaque PLFSS que vous votez, nous étouffons davantage. Très peu d’entre vous prennent le temps de venir voir ce qui se passe derrière nos murs avant d’engager leur responsabilité de parlementaire. C’est bien dommage !
Cette crise démontre une fois de plus que nos hôpitaux vont mal. Nos écoles vont mal aussi, puisque nous entendons et nous satisfaisons de voir des enfants avoir école dans des hôtels, des siestes dans des vestiaires de stade.
Mesdames et Messieurs les élus, quand allez-vous enfin prendre soin de nos services publics si précieux que les Français vous confient, au détriment d’un système capitaliste, mais avec le courage de répondre à votre mission comme nous, les agents publics, répondons aux nôtres ?
Qui aura le courage de mettre en place cette politique de rupture qui concerne la majorité plutôt que de satisfaire les minorités puissantes ?
Ces questions se posent finalement pour l’ensemble des agents public mais également pour tous les usagers de ces services publics. Nous sommes nombreux soyez sérieux entendez et répondez-nous !
- Une commission d’enquête parlementaire sur l’usage des sommes issues de la journée de solidarité ;
- Un plan de mise en sécurité climatique des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux, financé par la fin des exonérations massives de cotisations sociales, parmi lesquelles le CICE (100 mds de perte de ressources cumulées pour la Sécu depuis 2019 !). Ce plan alliera climatisation pour les secteurs les plus sensibles, auprès des plus vulnérables, que l’on doit protéger au plus vite, et moyens durables et renouvelables partout où cela pourra suffire ;
- L’extension de ce plan aux services publics accueillant des personnes vulnérables, et en premier lieu les écoles ;
- La fin de la Tarification à l’Activité, qui sous-finance les activités essentielles ;
- La fin de la gestion de la Sécurité Sociale par le gouvernement et le Parlement, et sa gestion par les travailleurs et les usagers, conformément à son projet initial ;
- L’interdiction de la climatisation des lieux non essentiels ;
- L’application concrète du décret de 2025 -482, obligeant les employeurs à mettre en place des plans de prévention pour les épisodes de chaleur intense par :
- L’imposition d’un calendrier contraignant pour les définir ;
- La fixation de seuils de chaleurs par branches et métiers, établis par concertation.
